Les Archives de l’Audiovisuel N°3: Yves Mourousi

Après un retour sur l’ORTF, puis la naissance de la première chaîne privée française, focalisons-nous aujourd’hui sur l’un des premiers trublions de la télévision, dans une thématique pourtant réputée pour sa rigidité, l’information ! Yves Mourousi était adoré, respecté ou détesté, mais il ne laissait personne indifférent et sa liberté de ton et d’analyse de l’info aura marqué TF1 de son indélébile empreinte. Petit retour en arrière :

Yves Mourousi est né le 20 juillet 1942 à Suresnes. Devenu journaliste à l’ORTF en 1966, il effectue un stage d’été comme journaliste à la Maison de la radio en juin 1967 et réalise le 13 août son premier reportage radio lors d’un important séisme à Arette, alors qu’il se trouve en vacances dans la région, imposant à l’ORTF de rapporter l’événement en direct pendant quatre jours.

Lorsque surviennent les événements de mai 1968, il réalise sa première interview télévisée en interrogeant le ministre de l’Éducation nationale, Alain Peyrefitte. Franchissant les échelons rapidement, il présente pour la première fois le journal de 13 heures, le 6 novembre 1968, après avoir été rédacteur puis rédacteur en chef d’Inter actualités magazine, la tranche d’information de la mi-journée à France Inter,

De 1975 à 1981, il est présentateur et rédacteur en chef du journal de 13 Heures, puis TF1 Actualités 13 Heures avec à ses côtés successivement Claude Pierrard, Michel Denisot, Jean-Pierre Pernaut, et à partir de 1981 du journal de 13 heures de TF1 en duo avec Marie-Laure Augry.

Yves Mourousi rajeunira le fonctionnement du journal télévisé, réalisant le journal en extérieur, avec un minimum d’un direct par semaine en extérieur. Il est également le premier à faire une interview de Léonid Brejnev en direct depuis la place Rouge à Moscou (du temps de l’URSS), depuis la Pologne en 1977, ou la place Tian’anmen à Pékin en 1979.

Qui d’entre vous n’a pas en mémoire son incontournable « Bonjour », une formule qui découlait en fait de sa première présentation radio le 6 novembre 1968 qui l’avait conduit par excès de trac à oublier de saluer les auditeurs et deviendra par la suite son gimmick.

Ces journaux flirtent aussi avec l’insolite, en direct d’un bloc opératoire, d’où les téléspectateurs peuvent suivre en direct l’opération d’un malade à cœur ouvert, d’une centrale nucléaire, d’un sous-marin en plongée, d’un porte-avions de la marine française, à bord du Concorde ou encore au stade Geoffroy-Guichard à Saint-Étienne le jour du quart de finale de la Coupe d’Europe des clubs Champions contre Liverpool en 1974.

Le journal télévisé de TF1 dure alors une heure, avec une première partie consacrée à l’actualité et une deuxième partie plus tournée vers la culture. On découvre ainsi en plein milieu de journée le plus inattendu de Motorhead à Iggy Pop.

Mais Yves Mourousi se plait aussi à défier l’actualité politique, à l’exemple du jour du coup d’État du général Jaruzelski, en 1981, au cours duquel Yves Mourousi, vêtu comme lui, pour l’occasion, d’un imperméable et de lunettes noires, remplacera son célèbre « Bonjour », par « Dzień dobry » en polonais !

Lors de la privatisation de TF1, il portera le casque de chantier Bouygues, pour exprimer ainsi sa totale indépendance.
Yves Mourousi devient à cette époque également influent, et peu de gens savent qu’en 1975, il avait alors convaincu le président de la République Valéry Giscard d’Estaing d’autoriser le Tour de France à se conclure sur l’avenue des Champs-Élysées à Paris, tradition toujours respectée depuis.

Mais à force d’affirmer son indépendance et sa défiance, le 31 août 1978, Yves Mourousi échappe à un attentat. Une bombe fait exploser son appartement et une partie de l’immeuble situé au 126 boulevard Suchet, dans le seizième arrondissement de Paris. Un attentat revendiqué par un certain « Front uni arabe », une organisation qui n’a jamais existé. L’affaire ne fut jamais résolue.
De mars à décembre 1984, il présente le magazine d’information Aventures inattendues sur TF1. Dans cette émission, une thématique liée à la consommation, l’industrie ou la recherche est abordée. Le magazine est articulé autour d’un reportage, une rencontre et un débat.

Au sommet de ses audiences et célébrité liée, Yves Mourousi conçoit et anime à trois reprises l’émission « Ça nous intéresse, M. le Président » avec François Mitterrand. La première émission a lieu le dimanche 28 avril 1985. Mourousi fait sensation lorsque, assis sur le bureau présidentiel, il interroge le chef de l’État en lui demandant s’il est « un président chébran ». Lors de l’émission suivante, le 15 décembre 1985, Mourousi cède ensuite sa place à un jeune prodige de 14 ans et demi, Cyrille de Vignemont, surdoué de l’informatique qui bombarde François Mitterrand de questions. Yves Mourousi, en référence à la future naissance de la Cinq en février 1986, en profite également pour poser une question et interrompre la réponse de François Mitterrand par une page de publicité, qui aura visiblement agacé le Président de la République. La dernière émission a eu lieu le 2 mars 1986, une quinzaine de jours avant le premier tour des élections législatives.

En décembre 1988, sur TF1, il présente Au nom du peuple français, émission dans laquelle il réécrit le procès de Louis XVI et à la fin de laquelle les Français étaient appelés à voter : 55 % des suffrages exprimés se prononcèrent pour l’acquittement.

Malheureusement quelques mois plus tôt, le 18 février 1988, après un an de conflit avec la nouvelle direction de TF1, Francis Bouygues et Patrick Le Lay, il présenta son dernier journal télévisé, cédant sa place à Jean-Pierre Pernaut, toujours en place depuis bientôt 30 ans !

L’après 13 heures s’avère polyvalent pour le présentateur phare du journal de mi-journée. De 1987 à 1989, il est directeur des opérations spéciales de TF1, puis de 1989 à 1991, il devient conseiller d’Hervé Bourges, directeur général de RMC et animateur de « La Politique autrement » (interview politique quotidienne). De 1991 à 1994, il est nommé directeur des programmes et des opérations extérieures de RMC.

En 1995, l’INSEP (Institut national des sports et de l’éducation physique) lui confie la charge d’organiser le cinquantenaire de l’Institut National du Sport. Yves Mourousi organisera donc à cette occasion, du 17 au 21 mai, le premier sommet des géants du sport, le plus grand événement sportif jamais organisé en France, hors compétitions, qui a réuni sur le site du célèbre institut plus de 600 champions et stars du sport, toutes générations confondues, et près de 350 000 personnes.

A partir de 1996, Yves Mourousi est nommé responsable de la mission de la Mairie de Paris chargée d’organiser les festivités de l’an 2000, sur proposition du maire de Paris Jean Tiberi, une mission qu’il ne pourra mener à son terme, puisque Yves Mourousi décède le 7 avril 1998 des suites d’un malaise cardiaque. Il est enterré au cimetière du Montparnasse aux côtés de son épouse.

Le ton libre, indépendant d’Yves Mourousi, sa défiance à l’autorité auront à la fois fait sa notoriété mais également contribué à détrôner la star du 13 Heures. Depuis sa disparition, quel journal a repris ce ton et affirmé à ce point son indépendance ?

Yves Mourousi est une personnalité qui contribua à moderniser définitivement dans sa thématique, l’information, le Paysage Audiovisuel Français. A ce titre, il méritait assurément un hommage en cette rubrique.

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