Canal+ va bien, ah bon ?

Ah l’art de faire dire aux chiffres ce que l’on veut !  Bel exemple jeudi dernier : « La transformation en France est en train de payer.»  La présentation des résultats annuels par le président du directoire de Vivendi, Arnaud de Puyfontaine, a permis  de mettre en avant le redressement de sa filiale Canal+, qui a enregistré en 2017 une stabilisation de son chiffre d’affaires à 5,25 milliards d’euros (+ 0,3 % sur l’année). Vu ainsi, en effet, c’est assez bien !

Mais la réalité des chiffres est à lire autrement ! Près de 4 ans après son acquisition par le groupe de Vincent Bolloré, la chaîne de TV payante continue à perdre des abonnés en France, 300 000 abonnés en moins en 2017, pour un total de 4,95 millions à la fin de l’année. Sans oublier les 492 000 clients perdus en 2016. Ce recul est compensé ceux qui ont souscrit une offre par des opérateurs comme Free et Orange (+ 189 000, à 3,1 millions d’abonnés fin 2017). Ils sont cependant nettement moins rentables pour le groupe.

Autre facteur de satisfaction pour les dirigeants, le taux de résiliation a légèrement baissé à la faveur de la refonte totale des offres : en échange de prix plus attractifs, les abonnés s’engagent sur vingt-quatre mois. Le revenu net par abonné a également progressé, à 45,7 euros contre 45,3 un an auparavant.

Mais d’autres points marquent le déclin inexorable de la chaîne à péage. Ainsi, l’année 2017 a également été marquée par la fermeture du centre d’appels clientèle de Saint-Denis et la restructuration de celui de Rennes. Après son rachat par Vincent Bolloré en juin 2014, Canal+, en difficulté, avait mis en place un « plan de transformation » avec l’objectif de revenir à l’équilibre. Mais si le rétablissement est amorcé, les polémiques provoquées par les accusations d’ingérences éditoriales après l’arrivée de l’homme d’affaires ne semblent pas totalement écartées. Reçue le 6 février par le comité d’éthique de Canal+, une délégation de Reporters sans frontières (RSF) a fait part de ses préoccupations à ce sujet. Des inquiétudes renouvelées dans un courrier adressé jeudi à ce comité par le secrétaire général de RSF Christophe Deloire, qui évoque notamment la diffusion d’un publireportage promotionnel sur le Togo, où le groupe Bolloré est fortement présent.

Si Canal+ peut indirectement se réjouir des tracas financiers de concurrents aux dents longues, Altice ou beIN Sports, rien ne garantit Vivendi d’être vainqueur de confrontations de plus en plus coûteuses et auxquelles pourrait rapidement se méler à toux niveaux les GAFAM aux appétits mondiaux bien plus agressifs !

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