France 4, chronique d’une mort annoncée

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, l’avenir de France 4, lancée en mars 2005, était scellé et c’est donc sans surprise qu’au Ministère de la culture, Françoise Nyssen a annoncé la suppression de la chaîne, qui devrait effectuer une bascule numérique, sans plus d’explications.

France 4, c’est une histoire ratée. D’abord, elle devait être la chaîne du spectacle vivant avec des captations de concerts dans des formes innovantes. Elle s’annonçait comme la nouvelle vague de la télé. L »idée était très intéressante et les concerts et certains spectacles étaient ainsi tournés de manière « sauvage », avec une évidente volonté de transgresser les codes de l’audiovisuel. Puis France 4 devint généraliste et n’a pas fonctionné, avant de de se rapprocher de la jeunesse.

Une chaîne pour enfants, c’est bien. Mais que diffuser quand les enfants sont à l’école ? Ou quand ils sont couchés ? C’est là que France 4 s’est perdue, à force de mélanger les genres.

Sandrine Roustan, ex-directrice des programmes de France 4, limogée en 2013 après un an d’exercice, juge également la promesse de cette chaine trop floue. « Les jeunes adultes, les 15-24 ans, ce n’est ni plus moins qu’une cible publicitaire, mais cela ne fait pas une programmation de chaine de télévision, remarque-t-elle. France 4 manquait terriblement d’ambitions et finissait par retransmettre les fins de matchs de Roland-Garros ou des rediffusions des fictions, documentaires ou divertissement de France 2, en ciblant les 50 ans et plus… C’était devenu ingérable. »

La chaîne ne fait pas partie des historiques, on ne pouvait donc pas lui demander de faire l’audience de France 2 ! C’est ici  l’échec d’une stratégie politique, avec des ministres et des patrons de France Télévisions qui ne cessent de changer.

France 4, jouet des politiques au gré des nominations ? L’ancienne directrice des programmes Sandrine Roustan est catégorique : « France 4 est la victime d’une incapacité à envisager le service public depuis 20 ans. La chaine a été le laboratoire de toutes les fantasmes politiques. Sous prétexte de regarder la télévision, on pense pouvoir la diriger. Or, c’est un métier « .

 

Malgré une funeste fin, France 4 peut se targuer d’avoir fait bouger les lignes avec des émissions novatrices comme On n’est plus des pigeons, diffusée entre 2014 et 2016, ou avec le blockbuster Touche pas à mon poste, qui a débuté de manière confidentielle, on ne s’en souviendrait presque plus, en 2010. Il faut maintenant espérer pour France 4 un avenir radieux à la BBC3, chaîne britannique peu regardée, basculée avec succès sur le numérique en 2016. Encore faut-il qu’on lui donne les moyens.

Et si finalement France 4 n’était à court terme qu’un lointain souvenir ?

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