Maxime SAADA: bilan très sombre de Canal+

Auditionné par la commission de la culture du Sénat qui souhaitait notamment savoir en quoi la perte des droits de la ligue 1 allait influer sur le financement du cinéma français, le président du directoire du groupe Canal + a mis en avant un contexte défavorable pour la chaîne trentenaire. Pour une fois, il sera difficile d’évoquer la langue de bois, et gageons même que Maxime Saada ait quelque peu noirci le tableau, mais finalement pas tant que ça !

Pour résumer: mort programmée de la plateforme Canalplay, concurrence déloyale de Netflix, perte des droits de la ligue 1, sanctions disproportionnées du CSA… Devant les sénateurs, Maxime Saada, président du directoire du groupe Canal+ a brossé un tableau bien négatif du contexte économique et réglementaire auquel la chaîne fait face. En résumé:

1 – CANALPLAY

« Au moment où Netflix est arrivé en France, le seul acteur de vidéo à la demande c’était Canalplay. L’autorité de la concurrence nous a interdit d’avoir des exclusivités face à Amazon et Netflix. Résultat, Canalplay est passé de 800 00 à 200 000 abonnés. C’est terminé pour Canalplay. En deux ans on nous a rayé de la carte sur ce marché. Un marché qui est train de se substituer à la télévision (…) On nous a tué Canalplay ». Voilà une séquence parmi tant d’autres qui résume, selon Maxime Saada, les difficultés actuelles du groupe Canal.

2 – LIGUE 1

C’est grâce à un plan de « 460 millions d’euros d’économie réalisé sur trois ans » que Canal va pouvoir résister « au séisme » de la perte des droits du foot. Dans la première partie de son audition, Maxime Saada a tout d’abord dressé un bilan des réformes mises en place : baisse du coût des abonnements, multiplication des partenariats avec les fournisseurs d’accès internet, offre exclusivement numérique pour les jeunes… Fort de 15 millions d’abonnés dans le monde, le groupe canal maintient ses investissements dans les contenus plus de 3 milliards par an dans le cinéma, les série, le sport.

« Moi, je ne considère pas que c’est un échec, je considère que c’est un succès » a considéré Maxime Saada en évoquant l’achat par le groupe espagnol Mediapro, contrôlé par un fonds privé chinois, des principaux lots du championnat français pour la période 2020-2024, pour un montant de 1,153 milliard d’euros. « L’échec aurait été de dépenser un montant inconsidéré et de conduire à la faillite du groupe Canal plus (…) C’était la mort immédiate du groupe Canal +» a-t-il ajouté.

3 – LA RÉGLEMENTATION FRANCAISE 

Dans un marché mondialisé, porter l’exception culturelle à l’international est une gageure. La faute à la réglementation française, qui, à en croire Maxime Saada, n’a eu de cesse de mettre des bâtons dans les roues de la chaîne payante. « On a le sentiment que l’environnement réglementaire ne nous a pas fait de cadeaux » a-t-il exprimé devant les sénateurs. Le dirigeant a pointé une augmentation constante de la TVA depuis 2012, une « iniquité » face aux GAFAN, Netflix et consorts, « qui ne sont pas localisés en France, qui ne respectent pas les quotas, qui ne payent pas des impôts comme nous ». « On est complètement d’accord, s’il y a bien une assemblée qui est mobilisée sur ce sujet de la fiscalisation des GAFAN, c’est le Sénat » lui a répondu Catherine Morin-Desailly.

Face à la concurrence des géants américains, les chaînes françaises gratuites, TF1, M6 et France Télévisions, tentent de résister, notamment par le lancement, prévu pour l’année prochaine, de la plateforme de contenus par abonnement, « Salto ». « Nous n’avons pas été sollicités (…) mais je salue cette initiative de rapprochement des acteurs français » a-t-il réagi.

4 – LE CSA

Maxime Saada s’en est également pris au CSA estimant que les sanctions à l’égard de l’animateur Cyril Hanouna étaient disproportionnées. « On a été pénalisé à hauteur de 18 millions d’euros pour des blagues à l’antenne ». L’année dernière, suite à un canular jugé homophobe dans l’émission « Touche pas à mon poste », le CSA a infligé une amende de 3 millions d’euros au groupe Canal et privé pendant plusieurs jours l’émission de séquences publicitaires.

Pour conclure, à la question posée sur une éventuelle « perte d’âme » de Canal. « Notre âme, c’est Groland » a répondu Maxime Saada, avant de confirmer que l’émission était reconduite « avec plaisir » l’année prochaine.

Vos commentaires sur le forum