Grèce, 4 chaînes privées mais à quel prix

C’est un scénario digne d’un véritable thriller qui se déroule actuellement en Grèce, pour l’attribution de 4 canaux à des chaînes privées par enchères. Il faut bien comprendre que ce qui pourrait s’apparenter à la naissance de nouvelles chaînes, va surtout marquer la fin de 5 chaînes non retenues, car il existe à ce jour une dizaine de chaînes commerciales pour seulement 4 fréquences affectées. Et le processus d’attribution est pour le moins particulièrement contrôlé !

Petit rappel des faits: la grande réforme de l’audiovisuel promise par le gouvernement de gauche Syriza a débuté depuis des mois et vise à rationaliser un marché disproportionné de 11 millions d’habitants. La manoeuvre s’avère également politique, Alexis Tsipras souhaitant dissocier les politiques, les banques et les médias à ce jour fusionnés au sein des différentes chaînes privées de Grèce.

En février dernier, Alexis Tsipras annonçait que seules quatre fréquences nationales privées seraient autorisées, contre près d’une dizaine aujourd’hui. Tout au long de l’été s’est tenu un processus de sélection des candidats autorisés à participer à la vente aux enchères de ces quatre fréquences, prévue ce jour.

9 groupes ont été retenus. La bataille s’annonce donc rude. Et dans un pays souvent où le manque de transparence dans l’attribution des marchés publics est régulièrement souligné, le secrétariat général de l’information en charge de la procédure a mis en place un encadrement et des conditions de sécurité drastiques. D’abord, entre jeudi 25 et lundi 29 août, les 9 candidats et leurs équipes ont été convoqués au siège du secrétariat pour une session formative au processus d’attribution. Une fois ces opérations terminées, le bâtiment est entièrement mis sous scellé. Jusqu’à ce matin 6 heures.

A ce moment-là, chacune des 9 équipes rejoindra une salle privée sous l’œil vigilant de caméras de surveillance installées partout ces dernières semaines. Téléphones et ordinateurs portables interdits. Un réseau informatique interne et impiratable a été mis sur pied pour permettre aux candidats de participer aux enchères. Dans une autre salle du bâtiment, une commission de cinq personnes sera chargée d’évaluer les offres.

Les enchères commenceront à 3 millions d’euros par fréquence disponible. A chaque hausse de 500 000 euros, les candidats pourront ou non renchérir. Et lorsqu’ils ne seront plus que deux en lice par fréquence, alors ils devront déposer une offre contraignante dans une enveloppe scellée qui sera ouverte et évaluée par la commission. La fréquence sera attribuée au plus offrant.

Dans chaque salle, un policier chargé d’escorter les candidats dans leurs moindres faits et gestes; autour du bâtiment, des policiers encore, devant empêcher l’entrée de journalistes ou de toute autre personne… Dans ce qui sera devenu un vaste bunker, les candidats auront tout de même le droit de s’allonger un instant sur l’un des 120 lits pliants de l’armée installés pour l’occasion ou de manger au buffet commandé et livré en amont pour empêcher toute intrusion de dernière minute. Car la procédure prendra de longues heures.

Des conditions spartiates inédites pour ces grands hommes d’affaire grecs contraints, pour la première fois, de négocier au prix fort leur survie ou leur entrée sur le marché de l’audiovisuel grec. Jusqu’ici, malgré plusieurs tentatives de régulation, aucun gouvernement n’avait réussi à contraindre les propriétaires de chaînes privées à payer leurs licences d’exploitation, comme la loi les y obligeait pourtant. Il y avait un intérêt entre gouvernements successifs et patrons de presse, pour que rien ne bouge vraiment. Alexis Tsipras semble déterminé à aller au bout de cette bataille.

Cette bataille va faire des victimes, et non des moindres, puisque la plus grosse chaîne privée du pays, Mega, sait déjà qu’elle ne bénéficiera pas d’une fréquence, en raison de son exclusion relative à sa trop fragile santé économique.

Les résultats de mardi 30 août au soir, conditionnent l’avenir des 2 600 employés des chaînes existantes pour lesquels le gouvernement a posé comme condition que chacune des quatre nouvelles antennes embauche au moins 400 techniciens et journalistes. Au final 1 600 personnes seront ainsi sauvées.

Imaginons un tel mode de désignation des fréquences privées en France en 1986, 1987 ou plus récemment pour LCI et Paris Première, et il y a fort à parier que les grands groupes médias crieraient au totalitarisme et à l’absence de démocratie ! A ce compte là, peut-être la 5 et TV6 auraient conservé leurs fréquences, ou peut-être n’auraient-elles jamais été mises en place sur le bon vouloir du président en place.

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