Les sujets sensibles au Ministère de la Culture !

Le bureau de la ministre de la Culture ne manque pas de dossiers urgents à gérer et rien ne permet d’affirmer que le Ministère y apportera les réponses idoines ! 5 sujets sensibles devraient néanmoins trouver une résolution à court terme :

1/ le cinéma et la chronologie des médias

Il s’agit ici d’un véritable dialogue de sourds ! La chronologie des médias, ou l’agenda autorisé de la diffusion des films, de leur sortie en salles à leur irruption dans les catalogues des plateformes de streaming, auquel s’adosse le financement plus ou moins obligataire du cinéma français par les acteurs de sa diffusion pose désormais de vrais soucis. Sa dernière modification date de 2009, et la ministre de la Culture veut la réformer. Le principe serait de réduire les écarts pour les différents diffuseurs (Canal + passant de onze mois à six, sept ou huit après la sortie en salles, les sorties DVD trois mois…), mais aussi de permettre des diffusions plus rapides aux plateformes type Netflix ou Amazon (aujourd’hui 35 mois) si celles-ci finançaient activement le cinéma français, comme le font par exemple OCS ou Ciné + (15 mois). La sauvegarde des principes de financement est le principal enjeu de cette réforme, car Canal + réduit son accompagnement du secteur, dont le financement s’en trouve fragilisé. Comment redonner vigueur aux pré-achats télé tout en faisant participer les plateformes, sans léser les autres diffuseurs ? Voilà les grandes lignes du dialogue pour l’instant sans solution. Contrainte par le cadre européen, la ministre ne peut légalement intervenir que si les professionnels échouent à s’entendre. Un projet avait été déposé en mars. Son échéance étant dépassée, elle a expliqué le 18 avril reprendre la main sur la chronologie et menace donc d’en venir à la loi pour que les acteurs se mettent enfin d’accord, comme ce fut le cas en 2009.

2/ L’audiovisuel public

Selon certaines sources, l’économie demandée par l’Etat, dans le cadre du projet de modernisation CAP 22 piloté par Matignon, serait de 200 à 500 millions d’euros (pour un budget de 4,5 milliards, dont 3,9 milliards de subventions de l’Etat). L’idée générale de la réforme, elle, tendrait vers la coopération et la convergence des institutions: France Télévisions (6 chaînes nationales, 24 antennes régionales, 9 ultramarines), Radio France (7 stations nationales en plus les 44 locales de France Bleu), France Médias Monde (RFI, France 24, MCD), chaînes cofinancées et parlementaires, diverses plateformes numériques, mais aussi l’INA. Redevance, publicité, processus de nomination des dirigeants, rôle du CSA, rapports producteurs-diffuseurs, éventuel superprésident dont les pouvoirs restent à définir, sans parler du possible abandon des retransmissions de la coupe de France et de la coupe de la Ligue de foot. En attendant, France Télévisions publie des comptes bénéficiaires (+ 6,8 millions d’euros en 2017) et Radio France a une nouvelle présidente, Sybile Veil

3/ Maison commune pour la musique

L’idée serait de créer, sur le modèle du Centre national du cinéma (CNC), une maison commune de la musique qui fédérerait tous les acteurs d’une filière dispersée. En novembre, Roch-Olivier Maistre, conseiller maître à la Cour des comptes, a remis un rapport préconisant diverses mesures destinées à favoriser la création de la maison au budget de fonctionnement évalué à 60 millions d’euros, pourquoi pas dès 2019. La ministre a promis de dévoiler les options retenues et il semble toutefois que sa visite mardi et mercredi au Printemps de Bourges lui ai fourni l’occasion de lancer enfin la machine.

4/ Auteurs de livres

En déplacement au festival d’Angoulême, fin janvier, la ministre s’empresse d’annoncer une mission de réflexion sur la BD. La mission s’organise autour de trois points de réflexions : la politique patrimoniale, l’accompagnement de la création et, surtout, la situation sociale et économique des auteurs. Un geste pour apaiser les tensions exposées dans la tribune de 400 auteurs qui dénonçaient la précarisation de leur métier dans un secteur dont on vante par ailleurs la bonne santé. L’intervention était d’autant plus urgente que le gouvernement a contribué à cristalliser cette colère, les auteurs se mobilisant en réaction à la hausse de la CSG annoncée dans un premier temps sans compensation pour les artistes. Remise du rapport en septembre, avant un plan d’action attendu pour janvier 2019.

5/ Déserts culturels

Lutter contre les déserts culturels, dynamiser les territoires par l’art, bref, «repenser enfin la décentralisation avec audace», clame l’équipe de la ministre. Et comment compte-t-elle donc s’y prendre ? En organisant, depuis Paris, une diffusion optimale des œuvres des musées nationaux, mais aussi celles de la Comédie-Française ou de l’Opéra de Paris dans les zones blanches, terres déshéritées, de la France. C’est en tout cas ce que retient le plan «Culture près de chez vous», annoncé le 29 mars par le gouvernement.

Bien des chantiers au final, pour quels résultats ?

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