Droits de la Ligue 1: J-4

A 4 jours des enchères pour les droits télé du championnat français, la tension est à son comble chez Canal+, SFR Sport et BeIN Sports.

Dernière ligne droite pour la vente des droits télévisés de la Ligue 1 de football 2020-2024. Tous les regards sont tournés vers la Ligue de football professionnel (LFP) qui désignera le 29 mai prochain, au terme d’un processus d’enchères, les vainqueurs d’une opération express qui rapportera plus de 1 milliard d’euros.

Canal+, BeIN Sports, SFR mais pas seulement ! Tous sont dans les starting-blocks. L’enjeu est lourd : pour les deux premiers, conserver au moins une partie des matchs du championnat qu’ils se partagent aujourd’hui est une question de vie ou de mort.

Pour autant, ils ne se disent évidemment pas prêts à débourser des sommes folles… Tout l’art de noyer le poisson, tant chaque groupe sait à quel point la Ligue 1 est un vecteur d’abonnements !

Chez Canal+, on prétend que perdre des droits est surmontable, mais que mettre en danger l’entreprise en les surpayant jamais ! Maxime Saada, président du directoire du groupe Canal+ ajoute, dans « Le Film français », que s’il les perdait, son entreprise aurait deux ans et demi et 550 millions d’euros par an, la somme payée actuellement, pour se transformer en HBO. Une posture, alors que se tient le Festival de Cannes et que les producteurs redoutent que Canal+ baisse ses investissements dans le cinéma au profit du foot ?

Chez beIN, la question ne se pose même pas, car après avoir perdu la Champion’s League et l’UEFA Cup, la chaîne qatari ne peut se permettre de perdre un élément clé de sa grille de programmes !

Le 3e acteur, SFR, a beau dire qu’il est peu probable qu’il participe aux enchères et que son modèle fonctionne très bien sans ce championnat, nombreux sont ceux qui estiment que l’opérateur peut difficilement faire totalement l’impasse sur la Ligue 1, s’il entend bien faire de RMC Sport la plus grande chaîne de sport en France. A vrai dire, c’est précisément par SFR que la surinflation des droits de la Ligue 1 est attendue !

Pour tous ces acteurs, comme pour la LFP, la tension est à son comble. Cette dernière a une carte à jouer. Son objectif : augmenter les mises. La LFP aurait fixé un prix de réserve de 1 milliard par an, contre 750 millions pour la période 2016-2020 (beIN Sports paye 200 millions pour une partie des matchs). Et l’appel d’offres a été conçu pour maximiser les recettes.

D’abord, vraie nouveauté, les candidats aux 7 lots de droits pourront tous les revendre, pour au moins deux saisons. Celui qui les raflerait tous pourrait donc organiser le marché, choisir ses challengers-partenaires et amortir partiellement ses dépenses en partageant l’addition. Un message implicite pour Canal+ qui, plutôt que de risquer de tout perdre, pourrait tenter de tout acheter pour « sous-licencier » ensuite des droits à BeIN, SFR, voire Amazon ou Facebook, dont l’appétit pour le sport pourrait grimper.

 

La Ligue a aussi pris soin de limiter les possibilités d’arrangements entre amis. Les candidats opéreront de chez eux, sous contrôle d’un huissier. Ils ne pourront donc pas connaître leurs adversaires et joueront une sorte de course contre la montre à l’aveugle.

Pour chacun des lots, la LFP s’est fixé un prix de réserve tenu secret. S’il n’est pas atteint, le candidat le mieux disant par lot aura la possibilité de surenchérir pour atteindre ce prix plancher. Mais il ne disposera que de dix minutes pour trancher. L’appel d’offres du lot en question sera infructueux si ce prix de réserve n’est pas atteint.

Et la LFP a prévenu qu’en cas d’échec elle ne rouvrirait l’enchère que deux mois avant le premier match de la saison 2020-2021, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour les chaînes de télévision qui n’auraient alors que peu de temps pour faire leur promotion.

Reste maintenant à voir si de nouveaux acteurs comme les Gafa ou d’autres participeront aux enchères et si, en dépit de leurs discours prudents, les acteurs historiques seront prêts à casser leur tirelire.

Enfin, caché derrière Canal+, il ne faut pas oublier la position attentiste d’Orange qui indirectement peut participer à cette attribution des lots de Ligue 1 dans le cadre d’un partenariat initié entre les deux opérateurs visant à garder les meilleures affiches.

La grande gagnante sera la LFP, les grands perdants seront les téléspectateurs qui devront à coup sur disposer de 3 abonnements afin de regarder l’intégralité de la Ligue 1 dès 2020 ! Réponse probable, ce 29 mai !

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